dimanche 17 janvier 2016

LES ASPIRATIONS PROFONDES DES PEUPLES AFICAINS
A LA DEMOCRATIE ET AUX DROITS DE L'HOMME
EN BUT A UNE REALITE  : L'INCOMPATIBILITE ENTRE FEODALITE ET REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE

Au village africain, la sagesse enseigne que l'attention, le courage, la maîtrise de soi, l'écoute et le questionnement sont consubstantiels à l'apprentissage. Cela veut dire que pour la sagesse africaine, quiconque veut apprendre dans la vie, les vertus cardinales à cultiver sont l'attention, le courage, la maîtrise de soi, l'écoute et le questionnement. Conformément à la sagesse africaines, ces vertus cardinales sont valables dans le cadre tout apprentissage sans exception. Et la sagesse africaine précise que tout au long de la vie humaine, on apprend à toute occasion. Et toute occasion est faite pour tirer des leçons et apprendre. Et il n'y a pas une seule occasion qui ne puisse offrir des leçons à tirer, des connaissances à apprendre. Ainsi par exemple, l'on apprend sur soi-même en écoutant les autres. Et l'on apprend sur soi-même dans es reproches et autres récriminations formulés par les autres. La sagesse africaine va jusqu'à affirmer que même les injures proférées à l'endroit d'un individu peuvent aider ce dernier à se découvrir autrement. Mais dans tous les cas, les seules conditions requises pour tirer profit de ces occasions d'apprentissage sur la vie, sur l'environnement, sur la société, sur soi-même...etc., sont : l'attention, le courage, la maîtrise de soi, l'écoute et le questionnement.
Tout d'abord, l'attention pour mieux entendre et comprendre l'occasion qui s'offre en apprentissage.
Ensuite, le courage pour aller jusqu'au bout de l'apprentissage. Et puis, la maîtrise de soi pour éviter l'emportement, devant les situations de choc. Par ailleurs, l'écoute pour une qualification juste de ce que l'on entend, afin d'éviter des contresens, des quiproquos, des amalgames et des confusions.
Enfin, le questionnement, pour analyser en profondeur, l'objet propice à l'apprentissage. Rappelons que ce processus d'apprentissage proposé par la sagesse africaine est difficilement applicable dans les situations conflictuelles. En effet, comment être attentif lorsque l'on se retrouve devant l'adversité ? Et comment avoir le courage d'écouter une personne vous débiter des insultes ? Est-il possible d'avoir la maîtrise de soi, en gardant le sang froid face à ce qui s'assimile à des injures par exemple ? Peut-on résister à l'esprit de vengeance quand l'on se sait attaqué à tort ou à raison, de façon physique ou de façon verbale ? Et pour finir, peut-on consacrer son temps à se questionner sur des propos tenus par une personne considérée comme hostiles à nos intérêts communs et personnels ?
On le voit bien, le processus d'apprentissage selon la sagesse africaine est difficile. Surtout dans monde dominé par la concurrence où l'on cultive l'esprit du tic au tac. En effet, cette culture du tic au tac empêche considérablement l'Afrique au Sud du Sahara d'apprendre, et de progresser. C'est exactement ce qui s'est passé il y a quelques années. En effet, il y a quelques temps, la rumeur a attribué à l'ancien président de la République Française, Monsieur Jacques Chirac, cette phrase :« la Démocratie était un luxe pour l'Afrique ». Si nous avions opté pour le processus d'apprentissage préconisé par la sagesse africaine tel que détaillé ci-dessus, voici quelle aurait été notre attitude :
Tout d'abord, on se serait montré attentif devant cette affirmation. Ensuite, on ferait preuve d'un courage à tout épreuve pour aller à la compréhension de cette assertion. Et puis, chacun de nous allait se maîtriser pour éviter la colère et l'emportement ; chacun de nous aurait gardé son sang froid, en vue d'une sérénité permettant une interprétation objective de cette phrase. En outre, on serait à l'écoute, en cherchant à comprendre ce qu'a voulu nous dire le président Jacques Chirac. Enfin, on se serait posé des questions non seulement sur nous-mêmes, mais encore les mobiles qui ont poussé le Président Chirac à s'exprimer ainsi.
A défaut de nous inscrire dans le processus d'apprentissage africain en procédant étape par étape au découpage de la pensée chiraquienne, chacun en est allé de sa propre interprétation. Comme toujours, lorsqu'il s'agit d'un problème concernant l'Afrique. Guidé par l'esprit traditionnel du colportage de l'information, esprit du colportage très libre mais aussi très volatile, chacun a décidé de véhiculer cette phrase du président Chirac selon son entendement. Les uns ont évoqué un racisme du président Chirac envers les Africains. D'autres y ont vu une manœuvre pour empêcher l'Afrique d'accéder à la Démocratie. Certains y ont vu de pures insultes. Et une fois la colère tombée, plus rien n'a suivi. Bien dommage !
« La démocratie est un luxe pour l'Afrique. » Dixit Monsieur Jacques Chirac. Voilà une phrase qui a fait couler beaucoup d'encre, mais dont on a tiré aucune leçon pour faire progresser l'Afrique. Il est utile de procéder à une analyse de cette phrase attribuée au président Jacques Chirac.
D'emblée, la Démocratie. C'est une forme de gouvernement du peuple par le peuple. En l'espèce, le peuple est souverain. Quant au mot « luxe », voici comment la lexicographie le définit :
« Pratique sociale caractérisée par des dépenses somptuaires, la recherche de commodités coûteuses ou de biens raffinés et superflus, souvent par goût du faste ou désir d'ostentation. […] Consommation improductive, somptuaire de biens coûteux, raffinés, superflus. […] Ensemble des biens coûteux ou parfois raffinés qui sont consommés ou dont on fait étalage par goût du luxe. »1 Ajoutons que le mot «Luxe» a pour synonymes le gaspillage, l'abondance, l'excès, le superflu, la surabondance. Après ces précisions, la phrase « La démocratie est un luxe pour l'Afrique » du président Chirac peut s'entendre comme : « la Démocratie est un gaspillage, une abondance, un excès, un superflu, une surabondance....pour l'Afrique. » Et si tel est le cas, c'est parce que l'organisation politique des sociétés traditionnelles africaines, laquelle est féodale, et reprise par l'Afrique moderne ne peut pas s'accommoder de la démocratie. Cette organisation féodale rend la Démocratie superflue, elle en fait un excès, une surabondance voire un gaspillage. En clair, la Démocratie est inadaptée au contexte féodale. Et pour mieux comprendre cette inadaptation de la Démocratie à la féodalité, il convient de définir d'une part l'organisation politique des sociétés africaines (I), et d'autre part, l'organisation politique des sociétés modernes, plus précisément, le système républicain II).

    1. L'ORGANISATION POLITIQUE DES SOCIETES AFRICAINS :
      UNE ORGANISATION FEODALE
L'organisation politique africaine basée sur la féodalité est caractérisée par la personnalisation du pouvoir politique (A) et la distributions de droits féodaux (B)

A) Une personnalisation excessive du pouvoir politique

« La Féodalité est un système qui organise le pouvoir politique sur des liens de fidélité, des liens contractuels et sur des liens de parenté et de lignage, la traduction concète en est le Fief. » 2 En Afrique, à cause du système féodal, tout tourne autour de la personne de celles et ceux qui détiennent le pouvoir politique. Tout se passe comme si ces derniers avaient droit de vie et de mort sur l'ensemble de la population. Il faut passer exclusivement par leur intermédiaire pour garantir une vie heureuse à soi-même, et à ses proches. Les contredire, c'est signer son arrêt de mort. En effet, ne pas s'entendre avec le chef, le détenteur du pouvoir, c'est être exclu de tous les services publics. Le système féodal en général encourage :
  • l'autocratie : le gouvernement par un individu
  • l'oligarchie : le gouvernement par quelques individus; parfois un nombre est spécifié
Et en Afrique, le système féodal encourage :
  • l'ethnocratie, appelée aussi la démocratie ethnique : qui est le gouvernement par un groupe ethnique particulier
C'est à cause de cette personnalisation excessive du pouvoir que le président OBAMA disait dans son discours d'Accra : « L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, mais d'institutions fortes ». En effet, dans le fonctionnement féodal, le chef contrôle tous les pouvoirs : exécutif, législatif et judiciaire. En effet, il nomme ses procès à ces postes clés, et ceux-ci ne sont ni indépendants, ni impartiaux dans l'exercice de leurs fonctions. C'est un pouvoir totalitaire qui s'exerce dans le système féodal. Dans un système féodal, l'existence de nombreuses servitudes pour les individus fait obstacle à la promotion des droits et libertés privés et publics. C'est le suzerain qui distribue, selon son plein gré, son bon vouloir, quelques avantages et privilèges à celle ou celui qu'il agrée.

B) Une distribution arbitraire des droits féodaux

« La Féodalité est une organisation politique et sociale qui a été dominante en Europe de l'Ouest du Xème au XVème siècle. Elle est issue d'une tradition germanique qui lie le chef à son compagnon d'armes, en contrepartie le chef protège ses fidèles et leur confie des missions importantes. » 3
Dans le contexte féodal africain, la distribution des droits féodaux a lieu à plusieurs niveaux :
  • en milieu familial, dans les milieux ruraux, où, les propriétaires terriens sont en général des héritiers de droit masculin et de droit d'aînesse. Les plus jeunes et les filles de la fratrie né bénéficiant d'aucun héritage.
  • Entre citoyens : le racket exercé par certains citoyens sur d'autres citoyens qui sont ainsi dépouillés de leurs biens patrimoniaux est une pratique qui rappelle les impôts primitifs que sont le pillage et le tribut. Des impôts qui portent l'empreinte de la féodalité.
  • En milieu urbain : l'attribution des postes administratifs, économiques, financiers et politiques est arbitraire et n'obéit à aucun critère objectif si ce n'est par fidélité ou par services rendus à celle ou celui qui gère les postes en question.
On le voit bien, le système féodal n'est pas comparable au système républicain, c'est la nuit et le jour.

II) L'ORGANISATION POLITIQUE DES SOCIETES MODERNES : LE SYSTEME REPUBLICAIN

L'organisation politique des sociétés modernes repose sur le système républicain fondé sur la démocratie (A) et la reconnaissance de droits civiques et des droits de l'homme aux citoyens (B)

A) La Démocratie : forme de gouvernement valable pour les sociétés modernes et républicaines
La République vient du mot latin « « res publica », qui veut dire « affaire publique » ou plus littéralement « chose du peuple ». »4
Au sein de la République, le pouvoir appartient au peuple qui l'exerce par ses élus et à travers les institutions : l'exécutif, le Parlement, la Justice ; mais aussi à travers les fonctions : le Président de la République, le Premier Ministre, les Ministres...etc. Le peuple étant souverain, tout est public, et rien n'est personnel. Rappelons-nous, le mot Public vient du mot peuple. Alors que le mot personnel se rattache à tout ce qui provient d'une ou plusieurs personnes. De ce fait, contrairement au système féodal, au sein d'une République, aucune autre forme de gouvernement n'est admise à part la Démocratie qui est « le gouvernement par le peuple, soit directe (par référendum ou assemblée populaire) soit par des élections (forme représentative) »5 «Le terme démocratie (du grec ancien δημοκρατία / dēmokratía, aujourd'hui souvent interprété comme « souveraineté du peuple », combinaison de δῆμος / dêmos, « peuple » et κράτος / krátos, « pouvoir », ou encore kratein, « commander »), est le régime politique dans lequel le peuple a le pouvoir »6 Dans une République réellement démocratique, on privilégie le gouvernement par la Méritocratie, c'est-à-dire, le gouvernement fondé sur le mérite et non les privilèges. De même, l'administration est de type bureaucratique. Pareillement, la République démocratique est caractérisé par le respects des droits de l'homme et des droits civiques
    B) Une reconnaissance de droits civiques et des droits de l'homme aux citoyens
On parle de droits civiques pour souligner le fait que les citoyens sont électeurs et éligibles à leur majorité. Les droits civiques ne peuvent être déniés aux individus sauf s'il s'agit de mineurs, d'adultes frappés d'incapacité, placés sous tutelle ou sous curatelle, s'il s'agit de personnes privées de l'exercice de leurs droits civiques à cause d'actes répréhensibles. Dans tous les cas, seul la loi peut exclure les citoyens de l'électorat. S'agissant des droits de l'homme, ils figurent dans la Déclaration des Droits de l'Homme (DDHC)de 1789, dans le préambule de la Constitution française de 1946 et dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948. Certains sont dit imprescriptibles et ce sont : le droit de propriété, le droit à la sûreté, le droit à la sécurité, le droit à la résistance à l'oppression. Or, si l'on s'en tient aux droits civiques, c'est-à-dire, le droit d'être électeur et le droit d'être éligible, on constate qu'en Afrique, dans de nombreux pays, ces droits civiques sont bafoués. Des candidats à des élections ont ont été arbitrairement exclus. Parfois, il existe des lois iniques expressément mises en place pour empêcher certains citoyens d'être candidats à certaines élections. Tantôt, certains candidats ont vu leur élection volée. Cela veut dire qu'on les a laissés se porter candidats à l'élection. Ils ont gagné l'élection. Mais, leur victoire leur a été subtilisée, et, à la place de leur victoire, la malice a consacré leur défaite. Et si on en vient au droit de vote, là aussi, force est de constater que ce droit n'est pas respecté. En effet, en Afrique, vote qui veut. Même si on ne remplit pas les conditions requises pour être électeurs, on vote quand même. Du coup, des mineurs votent, des étrangers votent, des incapables physiques et moteurs votent, et des morts aussi votent.
Pour les droits de l'homme, il suffit de lire la presse africaine pour se rendre compte qu'ils n'existent même pas. Avec l'insécurité grandissante, les droits imprescriptibles que sont la sécurité, la sûreté, le droit de propriété et la résistance à l'oppression sont comme caduques.
Dans ces circonstances, que peut-on penser de la réflexion du Président Jacques Chirac lorsqu'il a dit : « La Démocratie est un luxe pour l'Afrique » ?
On peut répondre que sa réflexion est pertinente, judicieuse et juste pour deux raisons :
  1. La Démocratie suppose que l'on soit dans une République. Ce qui n'est pas le cas de l'Afrique qui a un fonctionnement politique de type féodal. On ne peut pas greffer un système politique en l'espèce la Démocratie sur un autre système politique, c'est-à-dire, la Féodalité. Dans ce cas, c'est effectivement un « luxe », c'est-à-dire, une surabondance, un superflu, un excès, un gaspillage.
  2. Dans une Démocratie, c'est-à-dire dans une République Démocratique, les droits de l'Homme sont respectés. Or, ce n'est pas le cas de l'Afrique où les droits et libertés sont foulés au pied, parce que justement, nous sommes simplement dans des républiques de nom. Mais dans les faits, nous sommes dans un régime féodal. Or, il est de notoriété que le système féodal méconnaît les droits de l'Homme. C'est la République Démocratique qui octroie les droits de l'Homme.
Au terme de cette réflexion, on le voit bien, les aspirations profondes des peuples africains à la démocratie et aux droits de l'Homme sont sérieusement compromis par le système féodal. En effet, il y a une incompatibilité entre la République démocratique et la Féodalité.
Et c'est le président Guinéen Ahmed Sékou Touré qui a raison. A ces dernières années de pouvoirs, il a effectué une visite officielle en France dont les vidéos sont encore visibles sur Internet. Dans son discours aux officiels français, il a justement soulevé cette difficulté de promouvoir la Démocratie dans une Afrique à l'organisation féodale. Paix à son âme !

Le travail qui s'impose en Afrique en ce début du 21ème siècle est assurément le démantèlement total de ce système féodal, seule condition pour promouvoir une République Démocratique sincère et vraie, ainsi que les droits de l'Homme. Le Président Burkinabè Thomas Sankara avait perçu le problème, lui qui avait commencé par démanteler la structure féodale dans son pays. Paix à son âme !

En tout cas, l'UPACEB est prête à participer pleinement à ce travail incontournable pour l'émergence d'une Afrique moderne et démocratique, respectueuse des droits de l'Homme.


Yéble Martine-Blanche OGA-POUPIN













1http://www.cnrtl.fr/definition/luxe
2http://www.francebalade.com/histo/feodalite.htm
3In Histoire de France, Moyen Age La Féodalité au Moyen-Age
4In Wikipédia
5In Wikipédia

6In Wikipédia

dimanche 10 janvier 2016

LE METISSAGE CULTUREL PRÔNE PAR LES NEGRITUDIENS

    AFRIQUE AU SUD DU SAHARA
    LA DELICATE QUESTION DU RETOUR AUX SOURCES
    OU L'INTEGRATION A L'EPREUVE DU JOUG FEODAL

En Afrique au Sud du Sahara, on entend souvent dire qu'il faut retourner aux sources. Parfois dans les médias, ou alors dans les débats publics, «le Retour aux sources» est invoqué et à entendre parler les uns et les autres, on a l'impression que ce « retour aux sources » sortirait le continent et ses populations d'une certaine misère sociale. Questions : y a-t-il jamais eu abandon des sources traditionnelles africaines ? Lesquelles ? Et depuis quand ? Surtout lorsqu'on voit ce qui se passe dans les campagnes, villages et villes africains, peut-on vraiment dire que les traditions ancestrales ont été entièrement abandonnées ?
Par ailleurs, ce qui étonne, c'est que personne n'a mis un contenu dans l'expression « retour aux sources ». L'on ne précise pas vraiment dans quel domaine de la vie il convient de retourner aux sources. Est-ce dans le domaine moral ? Est-ce dans le domaine éthique ?Est-ce dans le domaine médical ? Est-ce dans le domaine économique ? Est-ce dans le domaine philosophique ? Est-ce dans le domaine politique ? En tout cas, nul ne prend le temps d'expliquer vraiment ce que le sens commun entend par cette expression de « retour de retour aux sources ».
Cependant, en général, les personnes qui parlent de « retour aux sources »évoquent essentiellement les tenues vestimentaires. Ainsi par exemple, pour eux, s'habiller en boubou ou en pagne, c'est retourner aux sources. En outre, les langues africaines sont évoquées pour dire qu'elles devraient de plus en plus être parlées et étudiées dans les écoles, et que cela serait un signe de « retour aux sources ». Disons que l'incitation à pratiquer les langues africaines et la recommandation des tenues vestimentaires sont effectivement des indices crédibles pour mesurer un « retour aux sources ». Il suffit pour cela de voir les finalités des langues, et les finalités d'une tenue vestimentaire. D'abord, concernant les langues, la langue française les appelle aussi « des moyens de communications », ou encore «des outils de communications ». Cela veut dire que pratiquer la même langue permet à un groupe de communiquer plus aisément. Mais en même temps, les langues sont des véhicules de transmission du savoir, des traditions, de la culture, des civilisations. Et donc, celles et aux ceux qui prônent le « retour aux sources » par la pratique des langues traditionnelles africaines sont dans la vérité. Ensuite, au sujet de la tenue vestimentaire, disons que premièrement, et essentiellement, une tenue vestimentaire vise à cacher la nudité. Deuxièmement, une tenue vestimentaire a une portée esthétique, en tant qu'il peut en rajouter à l'élégance, à la beauté d'un individu. Enfin, une tenue vestimentaire vise à promouvoir la mode. Or, rappelons-nous, chez les Peuples Africains de Civilisations Ébènes, le corps est un élément déterminant de l'être humain, et en tant que tel, il se met en valeur, il s'entretient, pour faciliter l'intégration sociale de l'individu. A ce titre, la tenue vestimentaire joue un rôle important dans la mise en valeur du corps humain. Donc, concevoir la tenue vestimentaire comme un critère de «retour aux sources» peut se justifier car la tenue vestimentaire est souvent liée à une civilisation et à des traditions, et les Peuples Africains de Civilisations Ébènes ont leur façon de se vêtir, de s'habiller qui correspond à leur vision du monde, à leurs civilisations. Pareillement, la portée esthétique d'une tenue vestimentaire varie d'un peuple à un autre peuple, d'une civilisation à une autre civilisation. En effet, l'esthétique est culturellement contextuelle car l'esthétique d'un peuple, n'est pas forcément l'esthétique d'un autre peuple. Et donc, l'esthétique africaine est une esthétique propre à l'Afrique. Pour cela aussi, prôner le retour aux sources par la tenue vestimentaire est logique. Mais, la société africaine du 21ème siècle n'est pas que linguistique et vestimentaire, fort heureusement !
La société africaine au 21ème siècle, elle est avant tout moderne, elle est économique, elle est politique, elle est culturelle,...etc. Cela veut dire que la société africaine comme toutes les sociétés du monde, elle évolue. Et c'est à ce niveau qu'il faut peut-être évoquer le problème d'un éventuel « retour aux sources » dont il est de plus en plus questions sous les tropiques. De quel « retour aux sources » il s'agit ? D'un « retour aux sources » qui prendrait en compte toutes les dimensions sociales des civilisations afro-ébènes, ou d'un « retour aux sources » qui se limiterait seulement à la pratique des langues africaines et à la façon de s'habiller ? Ensuite, quelle serait la forme d'un tel « ressource aux sources » ; autrement dit, serait-il question d'un « retour aux sources » absolu, global, ou alors d'un « retour aux sources » contingent, conciliant ? Enfin, y a-t-il eu jamais un abandon des sources traditionnelles en Afrique au sud du Sahara ? Si oui, pourquoi tant de différences entre les sociétés africaines et les sociétés occidentales malgré la colonisation ? Pourquoi tant de servitudes dans les sociétés africaines ? Pourquoi les sociétés africaines sont-elles aussi liberticides alors que les sociétés occidentales défendent les droits et libertés fondamentaux ? Ces questions valent leur pesant d'or. En effet, un « retour aux sources » de l'Afrique, selon la manière dont il sera procédé ne sera pas sans poser des difficultés à l'Afrique moderne. Et, voilà pourquoi, en lieu et place d'un retour abrupt aux sources (I), nous soutenons Aimé Césaire et ses pairs qui avaient préconisé le Métissage Culturel, c'est-à-dire, un retour aux sources conciliant (II)


I) UN «RETOUR AUX SOURCES » ABRUPT, EXCLUANT LES CIVILISATIONS D'EMPRUNT A REJETER
En Afrique au Sud du Sahara, le « retour aux sources » prôné ici et là n'est pas concevable s'il était abrupt (A) parce qu'il compromettrait les chances de progrès (B)

A) Un « retour aux sources » abrupt irréalisable

Retourner aux sources de la tradition, c'est non seulement renouer avec les vêtements (1) et les langues (2), mais encore dans le domaine moral et éthique (3), le domaine religieux (4), le domaine politique (5)....etc.

  1. L'impossibilité d'imposer une tenue vestimentaire à tous
Aujourd'hui, nous vivons dans un monde globalisé où, non seulement les canons de la beauté, les canons de l'esthétique et les canons de la mode tendent à s'uniformiser au plan international. Par exemple, au sujet des canons de la beauté, là, où, en Afrique traditionnelle, la surcharge pondérale était signe de beauté, aujourd'hui, elle est remise en question, même en médecine, où, elle serait à la base de pathologies métaboliques. Concernant les canons de la mode, tout dépend aussi du statut social de l'individu. Dans un monde moderne dominé par la bureaucratie venue du monde occidental, il existe une adéquation fonctionnelle entre les tenues vestimentaires occidentales et les professions de bureau. On ne pourra donc pas demander aux Africains de porter strictement des tenues traditionnelles, surtout s'ils sont des fonctionnaires, travaillant dans des bureaux, et si ces tenues traditionnelles en question n'étaient pas fonctionnelles pour une activité bureaucratique.

  1. La difficulté d'un retour systématique aux langues traditionnelles
Parler sa langue maternelle présente toujours des avantages parce que le langage préexiste à la pensée. Le langage structure la pensée. C'est avec les mots qu'on pense et développe les idées. Sans le langage, la pensée devient rudimentaire. Et donc, un enfant qui maîtrise bien sa langue maternelle, c'est un enfant qui développera facilement sa pensée et ses idées, mais aussi, un enfant qui aura des facilités d'apprentissage de langues étrangères. Enfin, toute langue véhicule une civilisation. Pour cela, les Africains qui naissent doivent apprendre en premier à parler leurs langues maternelles, avant d'apprendre les langues nationales.
Cependant, il existe deux obstacles :
a) les langues véhiculent toujours une civilisation
En tant que telles, un enfant qui parle plusieurs langues, c'est enfant qui a cette formidable chances d'être le moteur de plusieurs civilisations. En l'espèce, c'est grâce aux langues africaines que les civilisations africaines n'ont pas complètement disparu après avoir subi l'influence de plusieurs cultures d'emprunt. Mais, un danger guette les enfants qui parlent une langue maternelle, de surcroît une langue traditionnelle africaine : c'est l'ethnocentrisme, qui est la survalorisation de sa propre culture par rapport aux autres cultures. L'Afrique étant déjà victime de conflits ethniques exacerbés, les parents qui enseigneront leurs langues maternelles à leurs enfants devront en même temps faire de la prévention. Cela veut dire qu'ils devront enseigner à leurs enfants que le monde ne se limite pas aux seules frontières de leur village ou de leur tribu.
b) Les langues africaines ne sont pas des langues internationales
Au 21ème siècle, rares sont les langues qui ont une obédience internationale et les langues africaines, trop nombreuses, ne sont pas encore parlées à l'échelle internationale. Par exemple, à la tribune de l'ONU, on parle le français, l'anglais, l'espagnol, le portugais...etc. Les Africains qui ont eu cette chance formidable d'avoir sur leur continent, ces langues internationales, commettraient une grave erreur à ne pas les renforcer. Personnellement, mon zèle pour la Francophonie trouve ici son explication, mis à part l'émancipation d'esprit qu'offre la langue française à celles et ceux qui la parlent. Autrement dit, c'est une question de réalisme : je sais que je suis Adjoukrou, que je parle très bien ma langue maternelle le Môdjoukrou. Mais, non seulement cette langue parlée par un un groupe ethnique de Côte d'ivoire n'est pas connue de tous les Ivoiriens, mais encore, au plan international, cette langue n'est pas connue, elle n'est pas parlée à la tribune de l'ONU. C'est un honneur pour moi de la connaître et de la parler, mais tout mon intérêt réside dans la langue française qui me permet de m'exprimer à l'échelle internationale. C'est comme çà que nous Africains devons appréhender la situation de manque de langues véhiculaires issues du continent africain. Jusqu'au jour où nous en fabriquerons une à partir de toutes les langues sur notre continent, y compris de toutes nos langues véhiculaires. Ceci est possible. Nos parents déportés ont réussi à fabriquer le Créole à partir de diverses langues africaines et de leurs langues véhiculaires. Cela veut dire que nous pouvons le faire nous aussi. Il nous faut seulement la volonté.

3) Un retour aux sources impossible dans le domaine moral et éthique
Toutes les normes n'étant pas universelles, il est impossible d'envisager, au 21ème siècle, un retour aux sources des Africains dans le domaine moral et éthique. Sauf à réunir toutes les coutumes en vigueur au sein des Peuples Africains de Civilisations Ébènes, et à opérer un tri sélectif de toutes les valeurs qui unissent nos peuples, et ne sont pas contraires de nos morales nationales et des traités internationaux. Cela est possible et l'UPACEB le recommande vivement pour préserver l'Afrique et les Peuples Africains de Civilisations Ébènes des aventures intégristes, fanatiques et extrémistes.

4) Un retour aux sources dans le domaine religieux rendu impossible à cause des messes noires
Les religions africains très panthéistes sont recommandables dans un contexte de protection de l'environnement. Mais en même temps, toutes les pratiques religieuses africaines ne peuvent être prises en compte, notamment le cas des messes noires qui peuvent aller jusqu'à des sacrifices humains.

5) Un retour aux sources global inadmissible dans le domaine politique
Le système féodal, typique à l'organisation politique de la majorité des Peuples Africains de Civilisations est caduque au 21ème siècle. Sachant qu'il est à l'origine du sous-développement en Afrique au Sud du Sahara, et un cas de santé publique vu qu'il empêche l'épanouissement total des agents sociaux qu'il dévalorise (les femmes, les enfants, les pérégrins, ...etc.), sa mise à mort est fortement recommandé pour la modernisation pleine et entière du continent africain.

On le voit bien, un retour aux sources vertical, sans aucune concession avec les nombreuses cultures d'emprunt d'Afrique serait tout simplement un acte suicidaire.

B) Un « retour aux sources » sans concession ou la compromission des chances de progrès

Au 21ème siècle, prôner un retour unilatéral aux sources traditionnelles africaines, c'est compromettre toutes les chances de progrès sociaux (1) et politiques (2)

1) Une compromission des progrès sociaux imputable à « un retour aux sources » global
Quel Africain du 21ème siècle renoncerait à l'école, aux hôpitaux, à l'hygiène publique,....etc. ?
Qui en Afrique n'apprécie pas les moyens de communications comme la télévision, la télé, le téléphone, et récemment internet ?
Et quel Africain refuserait le confort de la technologie moderne symbolisés par les lits, les matelas, le climatiseur ou ventilateur, les facilités de mobilité qu'offrent les voitures, les trains, les bateaux, les avions...etc. ? Sommes-nous prêts à accepter de vivre dans le strict dénuement comme autrefois ? Et que dire des conséquences d'un tel retour aux sources ?

2) Une compromission des progrès politiques imputable à « un retour aux source » intégral
Le retour aux sources signifierait-il l'abandon de la République avec les droits de l'homme ; au profit du système féodal avec ses servitudes et ses droits féodaux ? Oh ! Non ! Merci.
Ça suffit comme çà.
Ou alors, devons-nous préférer à la démocratie, l'oligarchie et la dictature ? N'en avons-nous pas assez avec ce qui se passe déjà, en pleine république ? En pleine démocratie ?
Où, sous nos yeux, alors qu'on est supposé vivre dans des Républiques, dans des démocraties, tout est permis, avec l'exécution sans coup férir du régime de la féodalité ?
Autrement dit, quel Africain ayant lu « Économie et Société » de Max Weber, ayant compris les Idéaux-types ainsi que les types de comportements et de dominations qu'ils comportent, ainsi que l'auteur le définit clairement, est prêt à préférer à la Domination Légale Rationnelle, la Domination Traditionnelle et la Domination Charismatique ?
Y a-t-il un seul Africain prêt à se placer sous la coupe d'un chef traditionnel ou d'un chef charismatique avec le risque d’amoindrissement de ses droits et libertés fondamentaux jusqu'à l'effacement, voire la disparition de sa propre personne réduite en simple figurine ?

Aussi banal que cela puisse paraître, c'est bien ce qu'insinue l'expression « retour aux sources » prise au sens littéral. En effet, un «retour aux sources» qui serait inspiré par un esprit de rejet de tout ce qui n'est pas Africain, conduit tout simplement à retourner à une vie sans la technologie moderne qui nous facilite tant la vie, à des États de non-droit où on fait régner la terreur, où le bien public devient la propriété privée d'une personne et de son clan, et où les droits de l'homme sont réduits à quelques privilèges, des droits féodaux, en fonction des liens qui lient au chef, et en fonction des services qui lui sont rendus.
C'est pour tout cela que Aimé Césaire et ses pairs de la Négritude recommande le Métissage Culturel, c'est-à-dire, un « retour aux sources » rationnel, conciliant.


II) UN «RETOUR AUX SOURCES » CONCLILIANT, FONDE SUR UN METISSAGE CULTUREL A ENCOURAGER

Le vrai « retour aux sources » qui sera profitable aux Africains est « un retour aux sources » fait de mélanges du « capital colonial positif » et du « capital coutumier positif ». Cela veut dire que pour l'Afrique, ses stratégies sociales doivent prendre en compte ses valeurs traditionnelles et ses cultures d'emprunt (A), de même que ses affaires publiques doivent être une combinaison de ses politiques traditionnelles qui assurent la stabilités et la cohésion sociale avec les politiques modernes fondés sur le respect des valeurs républicaines (B).

A) Des stratégies sociales fédérant valeurs traditionnelles et cultures d'emprunts
Aujourd'hui, en Afrique, la seule institution d'intégration sociale qui demeure encore est la famille. Disons que si si la famille est la la plus ancienne institution d'intégration sociale, en Afrique, hélas, elle est en voie de disparition au profit de l'individualisme. Or, on le sait, en Afrique, naître dans une famille aisée est gage de réussite. Tandis que naître dans une famille démunie est synonyme d'échec. C'est en cela que les institutions sociales des cultures d'emprunt comme l'école, les hôpitaux, les orphelinats, les maisons d'accueil pour personnes âgées, les centres d'insertion sociale...etc., doivent être encouragées sur le continent. En effet, la disparition des familles traditionnelles qui sont des réseaux très étendus laissera un vide que seules les institutions sociales d'emprunt pourront combler. Les bourses d'études et les allocations sociales doivent maintenant être attribuées à toutes les familles africaines pour aider à la scolarisation effective des enfants et à une lutte efficace contre le travail des enfants. Jusque-là, dans certains pays, les paysans ne perçoivent aucune allocation familiale alors qu'en général, ils ont plusieurs enfants. Les bourses d’État sont soumises à des conditions si restrictives que tous les écoliers, collégiens, lycéens et étudiants n'en bénéficient pas. Il en est de même pour l'assurance-maladie qui n'existe pas dans plusieurs pays africains, et lorsqu'elle existe dans un pays, est réservée à une minorité telle les fonctionnaires. Alors que non seulement les fonctionnaires ont des moyens pour payer leurs frais de santé, et que leur activité ne les expose pas à des risques majeurs de maladie, ce sont eux qui bénéficient de la couverture de santé. A l'opposé, les ouvriers et les paysans qui prennent beaucoup de risques dans leurs activités professionnelles sont dépourvus d'assurance-maladie. Ce sont là, des mesures de justice sociale qui, conformément à la tradition africaine, ne doivent exclure personne. En l'espèce, le potentiel traditionnel en matière de politiques sociales devrait nourrir les politiques sociales modernes, héritées du «capital colonial positif» pour garantir leur efficacité. Le « retour aux sources » dans ces conditions se justifie pleinement. Pareillement pour la gestion des affaires publiques.


B) Des affaires publiques enracinées dans la combinaison des politiques traditionnelles de cohésion sociale et de stabilité avec le respect des valeurs républicaines

En Afrique traditionnelle, certains peuples ignorent par exemple le pouvoir héréditaire. Chez ces peuples, le chef se choisit toujours par adoubement. Et cet adoubement relève de la collectivité entière. Un tel modèle de gouvernement par le peuple et pour le peuple est favorable à la Démocratie et peut être importé dans le régime républicain. A l'opposé, au sein de plusieurs peuples africains, le pouvoir incombe toujours à une minorité qui se le transmet d'âge en âge, verrouillant toute possibilité chez d'autres personnes d'accéder au pouvoir politique. C'est là, par exemple un modèle de gouvernement à proscrire dans cette Afrique moderne qui aspire à l'unité. Et pourtant, par le processus d'élitisation en politique, ce modèle de gouvernement du peuple par une minorité inspire bon nombre de Partis politiques africains, qui pratiquent pour ainsi dire, « la loi d'airain de l'oligarchie ».
Dans le domaine politique toujours, la question du mandat présidentiel est sujette à controverses en Afrique. En effet, de nombreux Africains déplorent le fait que certains de leurs dirigeants s'éternisent au pouvoir. Et, il est vrai que le changement régulier de dirigeants à la tête d'un pays est un signe démocratie. Mais à voir de près, le problème de l'Afrique est à trouver dans l'action des dirigeants politiques. Autrefois, l'on ne changeait pas régulièrement les chefs coutumiers. Car ce qui comptait, c'est ce que faisait le chef à la tête d'une communauté. Le Chef Africain dans la tradition était le chef de toute la communauté au sens noble du terme. Il ne pratiquait pas la discrimination. Un tel exemple doit inspirer les gouvernants modernes en Afrique. Cela veut dire qu'un dirigeant politique qui a bénéficié du suffrage universel, mais qui pratique la discrimination dans ses politiques publiques en développant les seules régions de ses électeurs qu'il dote d'infrastructures, délaissant les régions qui ne votent pas pour lui, favorise le tribalisme, accorde des privilèges à ses coreligionnaires...etc., n'est pas légitime à gouverner au sens traditionnel africain, comme au sens moderne. De même, un dirigeant politique qui se préoccupe de son enrichissement personnel plutôt que du bien-être de son peuple n'est pas crédible au sens traditionnel comme au sens moderne. Un tel dirigeant politique n'a pas vocation à diriger un pays. Mais, le dirigeant politique qui est en bonne santé, possède toutes ses facultés mentales, pratique la justice sociale, adopte des politiques publiques qui offrent l'emploi au peuple, en garantissant l'intérêt général, respecte les droits de l'homme, non seulement il est en phase avec la tradition africaine, mais encore il s'inscrit dans la logique républicaine.
En signe de rappel, ci-dessus, nous avons évoqué les Idéaux-types de Max Weber, un sociologue Allemand du 19ème siècle. Il est intéressant de revenir sur ce concept Weberien, pour livrer quelques analyses en rapport avec l'Afrique et ses dirigeants politiques. En effet, en Afrique, nos dirigeants sont censés être élus juridiquement à la tête d'une république, qui a son propre régime en ce qui concerne son organisation et son fonctionnement. Mais, dans les faits, nombreux de nos dirigeants Africains font application du régime féodal dans leur gestion de la nation. Cela veut dire qu'ils sont appelés à diriger les pays dans la modernité, mais ils préfèrent les diriger avec les données traditionnelles. Les citoyens africains, s'ils étaient instruits et informés, et surtout s'ils étaient unis autour d'idéaux communs, l’État, la Nation, le Pays, la république, la Constitution auraient décrié ce détournement de pouvoir à l'unisson pour faire changer la situation. Mais, les citoyens Africains sont non seulement divisés, tantôt selon la religion, tantôt selon la tribu mais encore, ils sont frappés d'ignorance. Par conséquent, ils donnent quitus sans le savoir, à ces dirigeants hors la loi, par le soutien qu'ils leur donnent au nom de la même appartenance à un Parti Politique, à une religion, à une région...etc. C'est toujours cette ignorance du peuple qui convainc nombreux de nos dirigeants à cumuler des mandats hors-normes, en battant le record de longévité au pouvoir pour plusieurs d'entre eux. Mais, cette attitude complice des peuples africains n'est pas imputable qu'à l'ignorance. Elle trouve sa justification dans le respect de la tradition. En effet, dans la tradition africaine, on ne remet pas en question le chef. On ne contredit pas le chef. On doit soumission au chef. C'est en cela que Max Weber nous est utile pour comprendre ce type de comportement qui paraît très inadapté au contexte moderne. En effet, pour Max Weber, les trois Idéaux-types qu'il conçoit obéissent non seulement à des comportements typiques, mais encore, ils correspondent à différents types de domination.
Pour tout dire, si les peuples africains vénèrent ainsi le chef, c'est parce que, conformément aux Idéaux-types Weberiens, le dirigeant qu'on recherche en Afrique, correspond toujours aux critères traditionnels et charismatiques. Ainsi, au travers des Idéaux-types Weberiens, le Sociologue Allemand définit trois types de domination qu'il nomme la Domination Traditionnelle, la Domination Charismatique, et la Domination Légale-Rationnelle. Et, selon Max Weber, dans le cadre de la Domination Traditionnelle, les peuples ne recherchent pas la nouveauté. Ils s’accommodent bien de leurs anciens dirigeants, qui pour eux, sont incontournables. Une page Wikipédia citant Max Weber le précise bien : « Cette forme de domination repose sur la croyance coutumière et quotidienne en la sainteté des traditions valables en tout temps et sur la croyance en la légitimité de ceux qui sont appelés à exercer la domination par ces moyens. Trois caractéristiques en découlent :
  • ancienneté : la tradition existe depuis très longtemps
  • habitude : les individus veulent et sont habitués à respecter la tradition
héritage : le titulaire du pouvoir est issu d'une lignée liée à l'exercice du pouvoir »1

Ajoutons que pour ce qui concerne la Domination Charismatique, le peuple fait confiance à son leader charismatique. La page Wikipédia qui cite Max Weber poursuit en ce qui concerne la Domination Charismatique : « Cette forme de domination repose sur la soumission au caractère exceptionnel, sacré, à la vertu héroïque ou à la valeur exemplaire de la personne qui exerce le pouvoir. Trois caractéristiques y sont associées :
  • l'obéissance en la personne du chef et non aux règles
  • des conditions particulières d'arrivée au pouvoir (exemples : coup d'État, guerre…) 
l'instabilité : le chef doit constamment trouver un moyen de mettre en avant ses qualités (exemples : victoires militaires, plébiscites…) et lorsqu'il n'y parvient pas, c'est la chute du régime ».2

A l'opposé de ces deux types de dominations qu'affectionnent apparemment les Africains, il y a la Domination Légale-rationnelle qu'ont adopté la majorité des pays modernes et qui est défini comme suit : « Ce type de domination repose sur la croyance en la légitimité des règles légales adoptées et du droit de donner des directives qu'ont ceux qui exercent la domination par ces moyens.
Quatre caractéristiques sont à rattacher à cette forme de domination :
  • les règles sont adoptées rationnellement (c'est-à-dire qu'elles sont approuvées par le peuple ou ses représentants selon une procédure fixe et déterminée)
  • les règles sont formulées de façon abstraite et impersonnelle
  • le détenteur du pouvoir est lui aussi soumis au droit (principe de l'État de droit)
  • les gouvernés obéissent aux règles qui organisent la fonction de détenteur du pouvoir et non à la personne du détenteur du pouvoir. »3

De ce qui précède, nous constatons qu'en Afrique, nous sommes censés être sous la Domination Légale-rationnelle et pourtant, dans les faits, tout laisse voir que c'est sous la Domination Traditionnelle, et la Domination Charismatique que nos pays sont gouvernés. Si tel n'était pas le cas, déjà, on devait par exemple renoncer à positionner des dauphins car tout cela aggrave la fracture sociale et porte atteinte à la démocratie. Ce qui revient à dire que renoncer aux « dauphins » pour les successions, c'est promouvoir l'égalité des chances pour tous les citoyens en laissant la souveraineté au peuple pour désigner son représentant. Cela veut dire aussi qu'un élu quelconque qui a fini son mandat doit se retirer sans laisser de consigne et s'il avait un candidat, qu'il ne cherche pas à l'imposer au peuple, car le pouvoir d'état n'est pas un héritage personnel, familial, à transmettre à ses enfants, ses proches parents ou ses amis !
La Domination Légale-Rationnelle implique aussi que chaque citoyen puisse être électeur et éligible sauf s'il est privé de ses droits civiques pour incapacité, ou pour infractions à la loi. Tous ceux qui ne sont pas frappés d'incapacité, et qui ne sont pas sous le coup de privations de leurs droits civiques devraient pleinement être candidats à l'élection présidentielle dans leur pays dès lors qu'ils prouvent leur citoyenneté. Peu importe qu'ils résident dans le pays. Car les conditions de résidence ne sont pas une garantie de compétence et de performance.
De ce qui précède, chacun de nous peut réaliser que selon les pays africains, et en fonction du niveau dé Démocratie qui y prévaut, l'on n'est pas toujours sous la Domination Légale Rationnelle. Au contraire, nous sommes en grande partie sous la Domination Traditionnelle et sous la Domination Charismatique. Parfois, parce que le peuple y est contraint par une dictature sanglante et répressive, parfois à cause de l'ignorance. En effet, en Afrique Traditionnelle, seuls les Chefs qui offrent de loyaux services au peuple sont incontestables. Seuls les chefs qui respectent les les coutumes, protègent les populations, les aiment et les respectent ne sont pas remis en cause. Quant aux sanguinaires, à ceux qui ne respectent pas l'intérêt général, mettent la vie du peuple en danger par des comportements liberticides et un bellicisme débridé, ils sont capturés par le peuple, destitués, bannis du peuples, et contraints à l'exil. Cela pour dire que le respect de la tradition ne donne pas quand même droit à tout au chef en Afrique. Surtout pas le droit de vie et de mort sur le peuple. Par ailleurs, il n'existe pas de règne à vie pour le chef en Afrique contrairement à certaines idées reçues. Au contraire, le chefferie traditionnelle africaine est conditionnée par la contingence. Ces rappels sont utiles car très souvent, l'interprétation erronée des traditions africaines entraînent un grand désordre social dans cette Afrique moderne à la recherche de ses repères.

On le voit bien, la question du « retour aux sources » si récurrente en Afrique n'est pas si évidente que çà. Pour cela, nous dirons : oui à un « retour aux sources », mais d'abord, à un « retour aux sources » rationalisé, et non à « un retour aux sources » sans ménagement.
Cela fait partie des combats de l'UPACEB.

Yéble Martine-Blanche OGA épouse POUPIN
1In Wikipédia
2Wikipédia Op cit

3Wikipédia Op cit

Yéble Martine-Blanche OGA épouse POUPIN



1In http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2013/09/17/97002-20130917FILWWW00554-465-millions-de-pauvres-aux-etats-unis.php
2In http://soocurious.com/fr/etats-unis-pauvrete-population/

3In http://www.toupie.org/Dictionnaire/Civilisation.htm

dimanche 3 janvier 2016

LA DELICATE QUESTION DU RETOUR AUX SOURCES

    AFRIQUE AU SUD DU SAHARA
    LA DELICATE QUESTION DU RETOUR AUX SOURCES
    OU L'INTEGRATION A L'EPREUVE DU JOUG FEODAL
En Afrique au Sud du Sahara, on entend souvent dire qu'il faut retourner aux sources. Parfois dans les médias, ou alors dans les débats publics, «le Retour aux sources» est invoqué et à entendre parler les uns et les autres, on a l'impression que ce « retour aux sources » sortirait le continent et ses populations d'une certaine misère sociale. Questions : y a-t-il jamais eu abandon des sources traditionnelles africaines ? Lesquelles ? Et depuis quand ? Surtout lorsqu'on voit ce qui se passe dans les campagnes, villages et villes africains, peut-on vraiment dire que les traditions ancestrales ont été entièrement abandonnées ?
Par ailleurs, ce qui étonne, c'est que personne n'a mis un contenu dans l'expression « retour aux sources ». L'on ne précise pas vraiment dans quel domaine de la vie il convient de retourner aux sources. Est-ce dans le domaine moral ? Est-ce dans le domaine éthique ?Est-ce dans le domaine médical ? Est-ce dans le domaine économique ? Est-ce dans le domaine philosophique ? Est-ce dans le domaine politique ? En tout cas, nul ne prend le temps d'expliquer vraiment ce que le sens commun entend par cette expression de « retour de retour aux sources ».
Cependant, en général, les personnes qui parlent de « retour aux sources »évoquent essentiellement les tenues vestimentaires. Ainsi par exemple, pour eux, s'habiller en boubou ou en pagne, c'est retourner aux sources. En outre, les langues africaines sont évoquées pour dire qu'elles devraient de plus en plus être parlées et étudiées dans les écoles, et que cela serait un signe de « retour aux sources ». Disons que l'incitation à pratiquer les langues africaines et la recommandation des tenues vestimentaires sont effectivement des indices crédibles pour mesurer un « retour aux sources ». Il suffit pour cela de voir les finalités des langues, et les finalités d'une tenue vestimentaire. D'abord, concernant les langues, la langue française les appelle aussi « des moyens de communications », ou encore «des outils de communications ». Cela veut dire que pratiquer la même langue permet à un groupe de communiquer plus aisément. Mais en même temps, les langues sont des véhicules de transmission du savoir, des traditions, de la culture, des civilisations. Et donc, celles et aux ceux qui prônent le « retour aux sources » par la pratique des langues traditionnelles africaines sont dans la vérité. Ensuite, au sujet de la tenue vestimentaire, disons que premièrement, et essentiellement, une tenue vestimentaire vise à cacher la nudité. Deuxièmement, une tenue vestimentaire a une portée esthétique, en tant qu'il peut en rajouter à l'élégance, à la beauté d'un individu. Enfin, une tenue vestimentaire vise à promouvoir la mode. Or, rappelons-nous, chez les Peuples Africains de Civilisations Ébènes, le corps est un élément déterminant de l'être humain, et en tant que tel, il se met en valeur, il s'entretient, pour faciliter l'intégration sociale de l'individu. A ce titre, la tenue vestimentaire joue un rôle important dans la mise en valeur du corps humain. Donc, concevoir la tenue vestimentaire comme un critère de «retour aux sources» peut se justifier car la tenue vestimentaire est souvent liée à une civilisation et à des traditions, et les Peuples Africains de Civilisations Ébènes ont leur façon de se vêtir, de s'habiller qui correspond à leur vision du monde, à leurs civilisations. Pareillement, la portée esthétique d'une tenue vestimentaire varie d'un peuple à un autre peuple, d'une civilisation à une autre civilisation. En effet, l'esthétique est culturellement contextuelle car l'esthétique d'un peuple, n'est pas forcément l'esthétique d'un autre peuple. Et donc, l'esthétique africaine est une esthétique propre à l'Afrique. Pour cela aussi, prôner le retour aux sources par la tenue vestimentaire est logique. Mais, la société africaine du 21ème siècle n'est pas que linguistique et vestimentaire, fort heureusement !
La société africaine au 21ème siècle, elle est avant tout moderne, elle est économique, elle est politique, elle est culturelle,...etc. Cela veut dire que la société africaine comme toutes les sociétés du monde, elle évolue. Et c'est à ce niveau qu'il faut peut-être évoquer le problème d'un éventuel « retour aux sources » dont il est de plus en plus questions sous les tropiques. De quel « retour aux sources » il s'agit ? D'un « retour aux sources » qui prendrait en compte toutes les dimensions sociales des civilisations afro-ébènes, ou d'un « retour aux sources » qui se limiterait seulement à la pratique des langues africaines et à la façon de s'habiller ? Ensuite, quelle serait la forme d'un tel « ressource aux sources » ; autrement dit, serait-il question d'un « retour aux sources » absolu, global, ou alors d'un « retour aux sources » contingent, conciliant ? Enfin, y a-t-il eu jamais un abandon des sources traditionnelles en Afrique au sud du Sahara ? Si oui, pourquoi tant de différences entre les sociétés africaines et les sociétés occidentales malgré la colonisation ? Pourquoi tant de servitudes dans les sociétés africaines ? Pourquoi les sociétés africaines sont-elles aussi liberticides alors que les sociétés occidentales défendent les droits et libertés fondamentaux ?
  Ces questions valent leur pesant d'or. En effet, un « retour aux sources » de l'Afrique, selon la manière dont il sera procédé ne sera pas sans poser des difficultés à l'Afrique moderne. Et, voilà pourquoi, en lieu et place d'un retour abrupt aux sources (I), nous soutenons Aimé Césaire et ses pairs qui avaient préconisé le Métissage Culturel, c'est-à-dire, un retour aux sources conciliant (II)

I) UN «RETOUR AUX SOURCES » ABRUPT, EXCLUANT LES CIVILISATIONS D'EMPRUNT A REJETER
En Afrique au Sud du Sahara, le « retour aux sources » prôné ici et là n'est pas concevable s'il était abrupt (A) parce qu'il compromettrait les chances de progrès (B)

A) Un « retour aux sources » abrupt irréalisable

Retourner aux sources de la tradition, c'est non seulement renouer avec les vêtements (1) et les langues (2), mais encore dans le domaine moral et éthique (3), le domaine religieux (4), le domaine politique (5)....etc.

  1. L'impossibilité d'imposer une tenue vestimentaire à tous
Aujourd'hui, nous vivons dans un monde globalisé où, non seulement les canons de la beauté, les canons de l'esthétique et les canons de la mode tendent à s'uniformiser au plan international. Par exemple, au sujet des canons de la beauté, là, où, en Afrique traditionnelle, la surcharge pondérale était signe de beauté, aujourd'hui, elle est remise en question, même en médecine, où, elle serait à la base de pathologies métaboliques. Concernant les canons de la mode, tout dépend aussi du statut social de l'individu. Dans un monde moderne dominé par la bureaucratie venue du monde occidental, il existe une adéquation fonctionnelle entre les tenues vestimentaires occidentales et les professions de bureau. On ne pourra donc pas demander aux Africains de porter strictement des tenues traditionnelles, surtout s'ils sont des fonctionnaires, travaillant dans des bureaux, et si ces tenues traditionnelles en question n'étaient pas fonctionnelles pour une activité bureaucratique.
  1. La difficulté d'un retour systématique aux langues traditionnelles
Parler sa langue maternelle présente toujours des avantages parce que le langage préexiste à la pensée. Le langage structure la pensée. C'est avec les mots qu'on pense et développe les idées. Sans le langage, la pensée devient rudimentaire. Et donc, un enfant qui maîtrise bien sa langue maternelle, c'est un enfant qui développera facilement sa pensée et ses idées, mais aussi, un enfant qui aura des facilités d'apprentissage de langues étrangères. Enfin, toute langue véhicule une civilisation. Pour cela, les Africains qui naissent doivent apprendre en premier à parler leurs langues maternelles, avant d'apprendre les langues nationales.
Cependant, il existe deux obstacles :
a) les langues véhiculent toujours une civilisation
En tant que telles, un enfant qui parle plusieurs langues, c'est enfant qui a cette formidable chances d'être le moteur de plusieurs civilisations. En l'espèce, c'est grâce aux langues africaines que les civilisations africaines n'ont pas complètement disparu après avoir subi l'influence de plusieurs cultures d'emprunt. Mais, un danger guette les enfants qui parlent une langue maternelle, de surcroît une langue traditionnelle africaine : c'est l'ethnocentrisme, qui est la survalorisation de sa propre culture par rapport aux autres cultures. L'Afrique étant déjà victime de conflits ethniques exacerbés, les parents qui enseigneront leurs langues maternelles à leurs enfants devront en même temps faire de la prévention. Cela veut dire qu'ils devront enseigner à leurs enfants que le monde ne se limite pas aux seules frontières de leur village ou de leur tribu.
b) Les langues africaines ne sont pas des langues internationales
Au 21ème siècle, rares sont les langues qui ont une obédience internationale et les langues africaines, trop nombreuses, ne sont pas encore parlées à l'échelle internationale. Par exemple, à la tribune de l'ONU, on parle le français, l'anglais, l'espagnol, le portugais...etc. Les Africains qui ont eu cette chance formidable d'avoir sur leur continent, ces langues internationales, commettraient une grave erreur à ne pas les renforcer. Personnellement, mon zèle pour la Francophonie trouve ici son explication, mis à part l'émancipation d'esprit qu'offre la langue française à celles et ceux qui la parlent. Autrement dit, c'est une question de réalisme : je sais que je suis Adjoukrou, que je parle très bien ma langue maternelle le Môdjoukrou. Mais, non seulement cette langue parlée par un un groupe ethnique de Côte d'ivoire n'est pas connue de tous les Ivoiriens, mais encore, au plan international, cette langue n'est pas connue, elle n'est pas parlée à la tribune de l'ONU. C'est un honneur pour moi de la connaître et de la parler, mais tout mon intérêt réside dans la langue française qui me permet de m'exprimer à l'échelle internationale. C'est comme çà que nous Africains devons appréhender la situation de manque de langues véhiculaires issues du continent africain. Jusqu'au jour où nous en fabriquerons une à partir de toutes les langues sur notre continent, y compris de toutes nos langues véhiculaires. Ceci est possible. Nos parents déportés ont réussi à fabriquer le Créole à partir de diverses langues africaines et de leurs langues véhiculaires. Cela veut dire que nous pouvons le faire nous aussi. Il nous faut seulement la volonté.

3) Un retour aux sources impossible dans le domaine moral et éthique
Toutes les normes n'étant pas universelles, il est impossible d'envisager, au 21ème siècle, un retour aux sources des Africains dans le domaine moral et éthique. Sauf à réunir toutes les coutumes en vigueur au sein des Peuples Africains de Civilisations Ébènes, et à opérer un tri sélectif de toutes les valeurs qui unissent nos peuples, et ne sont pas contraires de nos morales nationales et des traités internationaux. Cela est possible et l'UPACEB le recommande vivement pour préserver l'Afrique et les Peuples Africains de Civilisations Ébènes des aventures intégristes, fanatiques et extrémistes.

4) Un retour aux sources dans le domaine religieux rendu impossible à cause des messes noires
Les religions africains très panthéistes sont recommandables dans un contexte de protection de l'environnement. Mais en même temps, toutes les pratiques religieuses africaines ne peuvent être prises en compte, notamment le cas des messes noires qui peuvent aller jusqu'à des sacrifices humains.

5) Un retour aux sources global inadmissible dans le domaine politique
Le système féodal, typique à l'organisation politique de la majorité des Peuples Africains de Civilisations est caduque au 21ème siècle. Sachant qu'il est à l'origine du sous-développement en Afrique au Sud du Sahara, et un cas de santé publique vu qu'il empêche l'épanouissement total des agents sociaux qu'il dévalorise (les femmes, les enfants, les pérégrins, ...etc.), sa mise à mort est fortement recommandé pour la modernisation pleine et entière du continent africain.

On le voit bien, un retour aux sources vertical, sans aucune concession avec les nombreuses cultures d'emprunt d'Afrique serait tout simplement un acte suicidaire.

B) Un « retour aux sources » sans concession ou la compromission des chances de progrès

Au 21ème siècle, prôner un retour unilatéral aux sources traditionnelles africaines, c'est compromettre toutes les chances de progrès sociaux (1) et politiques (2)

1) Une compromission des progrès sociaux imputable à « un retour aux sources » global
Quel Africain du 21ème siècle renoncerait à l'école, aux hôpitaux, à l'hygiène publique,....etc. ?
Qui en Afrique n'apprécie pas les moyens de communications comme la télévision, la télé, le téléphone, et récemment internet ?
Et quel Africain refuserait le confort de la technologie moderne symbolisés par les lits, les matelas, le climatiseur ou ventilateur, les facilités de mobilité qu'offrent les voitures, les trains, les bateaux, les avions...etc. ? Sommes-nous prêts à accepter de vivre dans le strict dénuement comme autrefois ? Et que dire des conséquences d'un tel retour aux sources ?

2) Une compromission des progrès politiques imputable à « un retour aux source » intégral
Le retour aux sources signifierait-il l'abandon de la République avec les droits de l'homme ; au profit du système féodal avec ses servitudes et ses droits féodaux ? Oh ! Non ! Merci.
Ça suffit comme çà.
Ou alors, devons-nous préférer à la démocratie, l'oligarchie et la dictature ? N'en avons-nous pas assez avec ce qui se passe déjà, en pleine république ? En pleine démocratie ?
Où, sous nos yeux, alors qu'on est supposé vivre dans des Républiques, dans des démocraties, tout est permis, avec l'exécution sans coup férir du régime de la féodalité ?
Autrement dit, quel Africain ayant lu « Économie et Société » de Max Weber, ayant compris les Idéaux-types ainsi que les types de comportements et de dominations qu'ils comportent, ainsi que l'auteur le définit clairement, est prêt à préférer à la Domination Légale Rationnelle, la Domination Traditionnelle et la Domination Charismatique ?
Y a-t-il un seul Africain prêt à se placer sous la coupe d'un chef traditionnel ou d'un chef charismatique avec le risque d’amoindrissement de ses droits et libertés fondamentaux jusqu'à l'effacement, voire la disparition de sa propre personne réduite en simple figurine ?

Aussi banal que cela puisse paraître, c'est bien ce qu'insinue l'expression « retour aux sources » prise au sens littéral. En effet, un «retour aux sources» qui serait inspiré par un esprit de rejet de tout ce qui n'est pas Africain, conduit tout simplement à retourner à une vie sans la technologie moderne qui nous facilite tant la vie, à des États de non-droit où on fait régner la terreur, où le bien public devient la propriété privée d'une personne et de son clan, et où les droits de l'homme sont réduits à quelques privilèges, des droits féodaux, en fonction des liens qui lient au chef, et en fonction des services qui lui sont rendus.
C'est pour tout cela que Aimé Césaire et ses pairs de la Négritude recommande le Métissage Culturel, c'est-à-dire, un « retour aux sources » rationnel, conciliant.

II) UN «RETOUR AUX SOURCES » CONCLILIANT, FONDE SUR UN METISSAGE CULTUREL A ENCOURAGER

Le vrai « retour aux sources » qui sera profitable aux Africains est « un retour aux sources » fait de mélanges du « capital colonial positif » et du « capital coutumier positif ». Cela veut dire que pour l'Afrique, ses stratégies sociales doivent prendre en compte ses valeurs traditionnelles et ses cultures d'emprunt (A), de même que ses affaires publiques doivent être une combinaison de ses politiques traditionnelles qui assurent la stabilités et la cohésion sociale avec les politiques modernes fondés sur le respect des valeurs républicaines (B).

A) Des stratégies sociales fédérant valeurs traditionnelles et cultures d'emprunts
Aujourd'hui, en Afrique, la seule institution d'intégration sociale qui demeure encore est la famille. Disons que si si la famille est la la plus ancienne institution d'intégration sociale, en Afrique, hélas, elle est en voie de disparition au profit de l'individualisme. Or, on le sait, en Afrique, naître dans une famille aisée est gage de réussite. Tandis que naître dans une famille démunie est synonyme d'échec. C'est en cela que les institutions sociales des cultures d'emprunt comme l'école, les hôpitaux, les orphelinats, les maisons d'accueil pour personnes âgées, les centres d'insertion sociale...etc., doivent être encouragées sur le continent. En effet, la disparition des familles traditionnelles qui sont des réseaux très étendus laissera un vide que seules les institutions sociales d'emprunt pourront combler. Les bourses d'études et les allocations sociales doivent maintenant être attribuées à toutes les familles africaines pour aider à la scolarisation effective des enfants et à une lutte efficace contre le travail des enfants. Jusque-là, dans certains pays, les paysans ne perçoivent aucune allocation familiale alors qu'en général, ils ont plusieurs enfants. Les bourses d’État sont soumises à des conditions si restrictives que tous les écoliers, collégiens, lycéens et étudiants n'en bénéficient pas. Il en est de même pour l'assurance-maladie qui n'existe pas dans plusieurs pays africains, et lorsqu'elle existe dans un pays, est réservée à une minorité telle les fonctionnaires. Alors que non seulement les fonctionnaires ont des moyens pour payer leurs frais de santé, et que leur activité ne les expose pas à des risques majeurs de maladie, ce sont eux qui bénéficient de la couverture de santé. A l'opposé, les ouvriers et les paysans qui prennent beaucoup de risques dans leurs activités professionnelles sont dépourvus d'assurance-maladie. Ce sont là, des mesures de justice sociale qui, conformément à la tradition africaine, ne doivent exclure personne. En l'espèce, le potentiel traditionnel en matière de politiques sociales devrait nourrir les politiques sociales modernes, héritées du «capital colonial positif» pour garantir leur efficacité. Le « retour aux sources » dans ces conditions se justifie pleinement. Pareillement pour la gestion des affaires publiques.

B) Des affaires publiques enracinées dans la combinaison des politiques traditionnelles de cohésion sociale et de stabilité avec le respect des valeurs républicaines

En Afrique traditionnelle, certains peuples ignorent par exemple le pouvoir héréditaire. Chez ces peuples, le chef se choisit toujours par adoubement. Et cet adoubement relève de la collectivité entière. Un tel modèle de gouvernement par le peuple et pour le peuple est favorable à la Démocratie et peut être importé dans le régime républicain. A l'opposé, au sein de plusieurs peuples africains, le pouvoir incombe toujours à une minorité qui se le transmet d'âge en âge, verrouillant toute possibilité chez d'autres personnes d'accéder au pouvoir politique. C'est là, par exemple un modèle de gouvernement à proscrire dans cette Afrique moderne qui aspire à l'unité. Et pourtant, par le processus d'élitisation en politique, ce modèle de gouvernement du peuple par une minorité inspire bon nombre de Partis politiques africains, qui pratiquent pour ainsi dire, « la loi d'airain de l'oligarchie ».
Dans le domaine politique toujours, la question du mandat présidentiel est sujette à controverses en Afrique. En effet, de nombreux Africains déplorent le fait que certains de leurs dirigeants s'éternisent au pouvoir. Et, il est vrai que le changement régulier de dirigeants à la tête d'un pays est un signe démocratie. Mais à voir de près, le problème de l'Afrique est à trouver dans l'action des dirigeants politiques. Autrefois, l'on ne changeait pas régulièrement les chefs coutumiers. Car ce qui comptait, c'est ce que faisait le chef à la tête d'une communauté. Le Chef Africain dans la tradition était le chef de toute la communauté au sens noble du terme. Il ne pratiquait pas la discrimination. Un tel exemple doit inspirer les gouvernants modernes en Afrique. Cela veut dire qu'un dirigeant politique qui a bénéficié du suffrage universel, mais qui pratique la discrimination dans ses politiques publiques en développant les seules régions de ses électeurs qu'il dote d'infrastructures, délaissant les régions qui ne votent pas pour lui, favorise le tribalisme, accorde des privilèges à ses coreligionnaires...etc., n'est pas légitime à gouverner au sens traditionnel africain, comme au sens moderne. De même, un dirigeant politique qui se préoccupe de son enrichissement personnel plutôt que du bien-être de son peuple n'est pas crédible au sens traditionnel comme au sens moderne. Un tel dirigeant politique n'a pas vocation à diriger un pays. Mais, le dirigeant politique qui est en bonne santé, possède toutes ses facultés mentales, pratique la justice sociale, adopte des politiques publiques qui offrent l'emploi au peuple, en garantissant l'intérêt général, respecte les droits de l'homme, non seulement il est en phase avec la tradition africaine, mais encore il s'inscrit dans la logique républicaine.
En signe de rappel, ci-dessus, nous avons évoqué les Idéaux-types de Max Weber, un sociologue Allemand du 19ème siècle. Il est intéressant de revenir sur ce concept Weberien, pour livrer quelques analyses en rapport avec l'Afrique et ses dirigeants politiques. En effet, en Afrique, nos dirigeants sont censés être élus juridiquement à la tête d'une république, qui a son propre régime en ce qui concerne son organisation et son fonctionnement. Mais, dans les faits, nombreux de nos dirigeants Africains font application du régime féodal dans leur gestion de la nation. Cela veut dire qu'ils sont appelés à diriger les pays dans la modernité, mais ils préfèrent les diriger avec les données traditionnelles. Les citoyens africains, s'ils étaient instruits et informés, et surtout s'ils étaient unis autour d'idéaux communs, l’État, la Nation, le Pays, la république, la Constitution auraient décrié ce détournement de pouvoir à l'unisson pour faire changer la situation. Mais, les citoyens Africains sont non seulement divisés, tantôt selon la religion, tantôt selon la tribu mais encore, ils sont frappés d'ignorance. Par conséquent, ils donnent quitus sans le savoir, à ces dirigeants hors la loi, par le soutien qu'ils leur donnent au nom de la même appartenance à un Parti Politique, à une religion, à une région...etc. C'est toujours cette ignorance du peuple qui convainc nombreux de nos dirigeants à cumuler des mandats hors-normes, en battant le record de longévité au pouvoir pour plusieurs d'entre eux. Mais, cette attitude complice des peuples africains n'est pas imputable qu'à l'ignorance. Elle trouve sa justification dans le respect de la tradition. En effet, dans la tradition africaine, on ne remet pas en question le chef. On ne contredit pas le chef. On doit soumission au chef. C'est en cela que Max Weber nous est utile pour comprendre ce type de comportement qui paraît très inadapté au contexte moderne. En effet, pour Max Weber, les trois Idéaux-types qu'il conçoit obéissent non seulement à des comportements typiques, mais encore, ils correspondent à différents types de domination.
Pour tout dire, si les peuples africains vénèrent ainsi le chef, c'est parce que, conformément aux Idéaux-types Weberiens, le dirigeant qu'on recherche en Afrique, correspond toujours aux critères traditionnels et charismatiques. Ainsi, au travers des Idéaux-types Weberiens, le Sociologue Allemand définit trois types de domination qu'il nomme la Domination Traditionnelle, la Domination Charismatique, et la Domination Légale-Rationnelle. Et, selon Max Weber, dans le cadre de la Domination Traditionnelle, les peuples ne recherchent pas la nouveauté. Ils s’accommodent bien de leurs anciens dirigeants, qui pour eux, sont incontournables. Une page Wikipédia citant Max Weber le précise bien : « Cette forme de domination repose sur la croyance coutumière et quotidienne en la sainteté des traditions valables en tout temps et sur la croyance en la légitimité de ceux qui sont appelés à exercer la domination par ces moyens. Trois caractéristiques en découlent :
  • ancienneté : la tradition existe depuis très longtemps
  • habitude : les individus veulent et sont habitués à respecter la tradition
héritage : le titulaire du pouvoir est issu d'une lignée liée à l'exercice du pouvoir »1

Ajoutons que pour ce qui concerne la Domination Charismatique, le peuple fait confiance à son leader charismatique. La page Wikipédia qui cite Max Weber poursuit en ce qui concerne la Domination Charismatique : « Cette forme de domination repose sur la soumission au caractère exceptionnel, sacré, à la vertu héroïque ou à la valeur exemplaire de la personne qui exerce le pouvoir. Trois caractéristiques y sont associées :
  • l'obéissance en la personne du chef et non aux règles
  • des conditions particulières d'arrivée au pouvoir (exemples : coup d'État, guerre…) 
l'instabilité : le chef doit constamment trouver un moyen de mettre en avant ses qualités (exemples : victoires militaires, plébiscites…) et lorsqu'il n'y parvient pas, c'est la chute du régime ».2

A l'opposé de ces deux types de dominations qu'affectionnent apparemment les Africains, il y a la Domination Légale-rationnelle qu'ont adopté la majorité des pays modernes et qui est défini comme suit : « Ce type de domination repose sur la croyance en la légitimité des règles légales adoptées et du droit de donner des directives qu'ont ceux qui exercent la domination par ces moyens.
Quatre caractéristiques sont à rattacher à cette forme de domination :
  • les règles sont adoptées rationnellement (c'est-à-dire qu'elles sont approuvées par le peuple ou ses représentants selon une procédure fixe et déterminée)
  • les règles sont formulées de façon abstraite et impersonnelle
  • le détenteur du pouvoir est lui aussi soumis au droit (principe de l'État de droit)
  • les gouvernés obéissent aux règles qui organisent la fonction de détenteur du pouvoir et non à la personne du détenteur du pouvoir. »3
De ce qui précède, nous constatons qu'en Afrique, nous sommes censés être sous la Domination Légale-rationnelle et pourtant, dans les faits, tout laisse voir que c'est sous la Domination Traditionnelle, et la Domination Charismatique que nos pays sont gouvernés. Si tel n'était pas le cas, déjà, on devait par exemple renoncer à positionner des dauphins car tout cela aggrave la fracture sociale et porte atteinte à la démocratie. Ce qui revient à dire que renoncer aux « dauphins » pour les successions, c'est promouvoir l'égalité des chances pour tous les citoyens en laissant la souveraineté au peuple pour désigner son représentant. Cela veut dire aussi qu'un élu quelconque qui a fini son mandat doit se retirer sans laisser de consigne et s'il avait un candidat, qu'il ne cherche pas à l'imposer au peuple, car le pouvoir d'état n'est pas un héritage personnel, familial, à transmettre à ses enfants, ses proches parents ou ses amis !
La Domination Légale-Rationnelle implique aussi que chaque citoyen puisse être électeur et éligible sauf s'il est privé de ses droits civiques pour incapacité, ou pour infractions à la loi. Tous ceux qui ne sont pas frappés d'incapacité, et qui ne sont pas sous le coup de privations de leurs droits civiques devraient pleinement être candidats à l'élection présidentielle dans leur pays dès lors qu'ils prouvent leur citoyenneté. Peu importe qu'ils résident dans le pays. Car les conditions de résidence ne sont pas une garantie de compétence et de performance.
De ce qui précède, chacun de nous peut réaliser que selon les pays africains, et en fonction du niveau dé Démocratie qui y prévaut, l'on n'est pas toujours sous la Domination Légale Rationnelle. Au contraire, nous sommes en grande partie sous la Domination Traditionnelle et sous la Domination Charismatique. Parfois, parce que le peuple y est contraint par une dictature sanglante et répressive, parfois à cause de l'ignorance. En effet, en Afrique Traditionnelle, seuls les Chefs qui offrent de loyaux services au peuple sont incontestables. Seuls les chefs qui respectent les les coutumes, protègent les populations, les aiment et les respectent ne sont pas remis en cause. Quant aux sanguinaires, à ceux qui ne respectent pas l'intérêt général, mettent la vie du peuple en danger par des comportements liberticides et un bellicisme débridé, ils sont capturés par le peuple, destitués, bannis du peuples, et contraints à l'exil. Cela pour dire que le respect de la tradition ne donne pas quand même droit à tout au chef en Afrique. Surtout pas le droit de vie et de mort sur le peuple. Par ailleurs, il n'existe pas de règne à vie pour le chef en Afrique contrairement à certaines idées reçues. Au contraire, le chefferie traditionnelle africaine est conditionnée par la contingence. Ces rappels sont utiles car très souvent, l'interprétation erronée des traditions africaines entraînent un grand désordre social dans cette Afrique moderne à la recherche de ses repères.

On le voit bien, la question du « retour aux sources » si récurrente en Afrique n'est pas si évidente que çà. Pour cela, nous dirons : oui à un « retour aux sources », mais d'abord, à un « retour aux sources » rationalisé, et non à « un retour aux sources » sans ménagement.
Cela fait partie des combats de l'UPACEB.

Yéble Martine-Blanche OGA épouse POUPIN



1In Wikipédia
2Wikipédia Op cit

3Wikipédia Op cit